Journée d’études #2

Journée d'études #2

Présentation Depuis de nombreuses années, le numérique participe à la …

Présentation

Depuis de nombreuses années, le numérique participe à la transformation de l’éducation. De nouveaux outils sont utilisés pour enrichir et diversifier les pratiques pédagogiques actuelles et leur usage connaît un accroissement exponentiel. Si de nombreuses institutions éducatives s’engagent dans la voie du numérique – les derniers exemples sont l’arrivée des vidéos pédagogiques, des réseaux sociaux ainsi que des MOOCs – peu sont celles toutefois qui savent prendre le temps de la réflexion. De son côté, la recherche se borne trop souvent à une approche de remplacement et de comparaison entre le nouveau et le traditionnel (Ellis et Goodyear, 2010), se fixant pour objectif de prouver l’efficacité d’un dispositif ou d’une formation, laissant ainsi de côté les difficultés rencontrées, les écarts perçus entre l’idéel, à savoir “l’horizon à la fois idéal et conceptuel vers lequel tend le projet” (Albero 2010), et le réel de “l’expérience subjective” vécue par les acteurs (ibid.).

L’objectif du collectif d’enseignants-chercheurs qui s’est récemment constitué autour d’une approche sociocrique du numérique en éducation, est d’étudier de près les phénomènes de résistance trop souvent ignorés, les tensions, mais aussi les “impensés”, ces notions qui semblent aller de soi, mais qui cachent des réalités bien plus complexes qu’il n’y parait, comme l’a montré Elisabeth Schneider (2014) à propos des notions d’asynchrone ou de déterritorialisation. L’hypothèse sous-jacente est que l’étude systématique de ces zones d’ombre permettra une meilleure compréhension des différentes logiques, souvent contradictoires, qui traversent les pratiques et les discours sur les technologies. Si les logiques pédagogiques et institutionnelles ont déjà été bien étudiées dans la littérature, ce n’est pas le cas des logiques extérieures à la sphère éducative, comme les logiques sociales, politiques ou encore économiques, dont nous faisons l’hypothèse qu’elles jouent un rôle important dans les rapports que construisent les acteurs de l’éducation au numérique (Selwyn 2009).

Cette journée d’étude entend privilégier les échanges, non seulement au sein du collectif, mais aussi entre le collectif et le public, dans le but de questionner l’approche sociocritique pour mieux l’explorer. A cette fin, plusieurs intervenants du collectif proposeront d’analyser un corpus de textes relevant selon nous de l’approche sociocritique (la liste des textes composant ce corpus est indiquée ci-contre). Cette journée d’étude se voulant un moment de réflexion et d’échanges, chaque communication proposera une lecture du corpus selon un angle particulier (méthodologie, positionnement, question de l’intervention…) avant d’ouvrir le débat avec le public. Ce dernier, qu’il ait pu procéder ou non à la lecture des articles mis à disposition, sera chaleureusement invité à faire part de ses réflexions.
Invitée à jouer le rôle d’ “amie critique”, qui consiste selon de Ketele (2007) à adopter “une posture de questionnement et de critique constructive […] pour essayer de comprendre […] l’accompagné (une personne ou un collectif) en contexte et lui permettre de donner du sens lui-même à son action et aux situations dans lesquelles cette action s’inscrit”, Brigitte Albero interviendra à la fin de la journée pour établir des liens entre l’approche sociocritique et d’autres orientations ou mouvements de recherche en cours. Elle donnera également sa vision des enjeux actuels auxquels se trouve confrontée la recherche sur le numérique en éducation.

Programme

– 8h30 : Accueil

– 9h00 : Ouverture
Simon Collin, chaire de recherche du Canada sur les enjeux socioculturels du numérique en éducation, Université du Québec à Montréal
Nicolas Guichon, ICAR UMR 5191, Université Lyon 2

– 9h15 : De l’approche sociocritique du numérique en éducation : regards sur un corpus de dix textes
Catherine Muller, LIDILEM EA 609, Université Grenoble Alpes
Nicolas Roland, ULB Podcast, Université libre de Bruxelles
Thierry Soubrié, LIDILEM EA 609, Université Grenoble Alpes
Cette première contribution sera l’occasion de présenter les objectifs du séminaire et d’en préciser son déroulement. Nous rendrons également compte de la démarche adoptée pour constituer le corpus de dix textes qui servira de point d’appui aux interventions de la journée. Les lignes de forces identifiées dans les différents textes seront exposées. Nous envisagerons ces éléments comme autant de caractéristiques constitutives de l’approche sociocritique du numérique en éducation, ce qui permettra, nous l’espérons, d’engager des échanges constructifs avec les personnes présentes.

– 10h00 : Des approches critiques à une approche sociocritique : quelle parenté ?
Simon Collin, chaire de recherche du Canada sur les enjeux socioculturels du numérique en éducation, Université du Québec à Montréal
Jean Gabin Ntebutse, Université de Sherbrooke
Une approche sociocritique implique, de par son nom même, un recours aux traditions critiques. Toutefois, la nature et le rôle de cette dimension critique dans le cadre d’une approche sociocritique reste à préciser. Ainsi, dans un texte publié par le collectif de chercheur.e.s (Collin, Brotcorne, Fluckiger, Grassin, Guichon, Muller, Ntebutse, Ollivier, Roland, Shneider et Soubrié), il est mentionné que « [l]’approche sociocritique que nous avançons adopte une dimension systémique couplée à une perspective critique inspirée des théories critiques de la technique » sans autre précision de la relation entre ces deux dimensions. Cette présentation a pour objectif d’amorcer une réflexion sur le rôle et la nature de la dimension critique dans le cadre d’une approche sociocritique. Pour ce faire, nous proposons de nous baser sur une série de textes portant sur une approche critique du numérique en éducation afin d’identifier comment ils positionnent la perspective critique dans leur étude du numérique en éducation. Ce portrait, certes non exhaustif, permettra d’envisager des avenues possibles pour clarifier le rôle et la nature du « critique » dans le cadre d’une approche sociocritique.

– 10h45 : Pause

– 11h15 : Quelle est la portée politique et sociale de l’approche sociocritique ?
Périne Brotcorne, Centre de recherche Travail & Technologie, Fondation Travail-Université
En visant à dévoiler les usages numériques effectifs des apprenants et des enseignants dans une perspective intégrée, l’approche sociocritique révèle des enjeux démocratiques essentiels, trop souvent ignorés en éducation, comme les inégalités numériques et leurs incidences possibles sur le rapport éducatif au numérique. Cette intervention discute de l’opportunité que représente l’attention portée à des enjeux extérieurs à la sphère éducative pour dépasser les questions purement pédagogiques et interroger de façon critique les logiques politiques et sociales qui sous-tendent les programmes d’intégration du numérique au sein des institutions éducatives. Au-delà de leur ambition affichée d’accès au savoir pour tous, dans quelle mesure ces programmes sont-ils motivés par des finalités réellement démocratiques ? Les modalités de leur conception et mise en œuvre contribuent-elles réellement à davantage d’équité et de justice sociale ? Si non, quelles seraient les conditions pour que cela soit le cas ? En s’inspirant de quelques aspects majeurs d’un modèle de la justice sociale basé sur l’approche par les capabilités (Sen, 2000), cette intervention tentera d’esquisser quelques pistes d’action pour soutenir le déploiement du numérique en éducation dans une optique (davantage) inclusive et émancipatrice.

– 12h00 : “Connais-toi toi-même”. Ce qui fonde un réseau de chercheurs : entre savoirs et méthodologie
Elisabeth Schneider, ESO UMR 6590, Université de Caen
Le corpus proposé est présenté comme pouvant relever d’une approche socio-critique du numérique en éducation. Il est constitué d’articles en majorité francophones publiés entre 2008 et 2014, sauf un, celui de Larry Cuban publié en 1993 qui occuperait alors une place particulière. Plusieurs des auteurs appuient leurs propos sur des états de l’art. Si ces textes ont été choisis, c’est bien qu’ils doivent faire autorité au sens d’autorité cognitive chez Wilson pour le moins (Wilson 1983), si ce n’est une autorité informationnelle au sens de Broudoux (Broudoux, 2007)
Nous chercherons premièrement à caractériser cet ensemble de textes et repérer en quoi il peut faire corpus au-delà d’une thématique commune. S’interroger sur l’arrière-plan théorique demandera d’examiner dans quels paradigmes les auteurs s’inscrivent et quelles approches du numérique sont proposées. Ce travail qui relève de l’épistémologie se donne pour objectif d’identifier l’ordre du discours en observant la mobilisation des écrits scientifiques, celle des concepts par les chercheurs ainsi constituant alors leur autorité (Foucault, 1975). Nous procédons à un inventaire des notions-clés enrichi d’un travail par occurrence. Les résultats sont mis en perspective avec les contextes de publication de chacun des textes, ce qui permettra de souligner des lignes de force comme la récurrence des catégories jeunes/adolescents/enseignants et leur évolution mais aussi des espaces problématiques dont la définition du « numérique » même n’est pas la moindre.

– 12h45 : Déjeuner
– 14h15 : Quelle(s) méthodologie(s) pour l’approche sociocritique ?
Nicolas Guichon, ICAR UMR 5191, Université Lyon 2
Jean-François Grassin, ICAR UMR 5191, Université Lyon 2
Cette présentation sera l’occasion d’examiner quelles entrées méthodologiques sont possibles et pertinentes pour mener une recherche qui se revendique de l’approche sociocritique. Deux questions seront particulièrement examinées : étant donnée sa posture épistémologique, l’approche sociocritique est-elle forcément qualitative ? Quels outils, entrées et unités d’analyse sont plus particulièrement pertinents ? A ces questions, nous tenterons d’apporter quelques réponses à la lumière d’un corpus de textes et de déterminer comment s’ancre méthodologiquement la critique des usages numériques en éducation pour les chercheurs du domaine.

– 15h00 : L’approche sociocritique peut-elle être interventionniste comme l’est la didactique ?
Christian Ollivier, Icare EA 7389, Université de La Réunion
La question du lien entre construction de connaissance et intervention est récurrente en recherche en éducation. Les sciences de l’éducation se sont construites dans la tension entre les attentes sociales d’intervention et une « posture de suspension de l’action pour se déployer comme entreprise scientifique » dont la finalité est la construction d’un « objet de connaissance » (Hofstetter et Schneuwly, 2001, p. 13). Coste (2001, p. 192) définit la didactique (des langues) comme « discipline d’intervention », laquelle se fonderait sur les « descriptions et analyses » de phénomènes. En abordant les dimensions scientifiques, sociales et politiques, cette communication, tentera d’ouvrir des pistes pour situer dans ce débat une approche sociocritique qui semble privilégier l’observation et la compréhension à l’intervention. En effet, elle entend s’éloigner des questions d’efficience et d’efficacité de l’usage du numérique pour se tourner vers l’observation des pratiques, en s’intéressant à la « compréhension des réalités du « ici et maintenant » plutôt qu’aux possibilités et potentiels futurs des technologies éducatives » (Selwyn, 2010, p. 69).

– 15h45 : Pause

– 16h15 : Synthèse de la journée
Brigitte Albero, CREAD EA 3875, Université Rennes 2
Invitée à jouer le rôle d’« amie critique », qui consiste selon de Ketele (2007) à adopter « une posture de questionnement et de critique constructive […] pour essayer de comprendre […] l’accompagné (une personne ou un collectif) en contexte et lui permettre de donner du sens lui-même à son action et aux situations dans lesquelles cette action s’inscrit », Brigitte Albero interviendra à la fin de la journée pour établir des liens entre l’approche sociocritique et d’autres orientations ou mouvements de recherche en cours. Elle donnera également sa vision des enjeux actuels auxquels se trouve confrontée la recherche sur le numérique en éducation.

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